Les derniers jours à bord du catamaran Lipopette avant d’achever la transatlantique 2019

Lundi 25 novembre 2019 : notre rendez-vous manqué avec du vrai vent!

ON NOUS A MENTI!!!!! On nous avais promis du vent, mais ce ne sont que des cacahuètes, des miettes, de la chiquenaude, du menu fretin,… Les dieux du Grib se foutent de nous, Eole rigole, Aegir en meurt de rire. Même les organisateurs du Rallye se sont faits avoir par la blague du Panthéon des éléments. On nous avait promis entre 14 et 22 noeuds, nous n’en avons qu’entre 10 et 13… Bref, juste assez pour nous frustrer…

Malgré cela, nous avons arrêté tout moteur, toute propulsion non-éolienne. 36h (un jour et 2 nuits de moteur), c’est assez! Place un peu au rythme naturel! Nous flottons donc lentement vers le but final. En désespoir de cause, n’ayant aucune voile de portant (suite à l’avarie du spi cf. billet précédent), j’ai fait sortir le génois de réserve, le tout neuf gardé en fond de cale, et l’ai fait monter sur la drisse de spi, l’autre génois tenu sur le bord au vent par un barber. Ca nous fait gagner 0,75 nds, et nous permet de rester sur la route. Sans cela, on serait obligé de s’écarter de beaucoup trop vers le sud pour pouvoir gonfler le génois sur son bord. Bien utile, d’autant que d’une manière que je n’explique pas, cela fait maintenant 48h que nous avons un courant contraire de 1 à 1,5 nds. Sur l’eau, nous naviguons entre 5,5 et 6 noeuds, sur le fond, entre 4 et 5 noeuds. Cela ne semble pas du tout logique. Neptune aurait-il décidé de participer à la blague, en levant l’horizon Ouest de son océan pour faire couler l’’eau vers l’Est et nous ralentir lui aussi? Y aurait-il une conspiration divine?

Du coup, on peut commencer à faire une croix sur une arrivée ce vendredi. On a bien vu ce matin que ces dernières heures, nous avons perdu du terrain sur une grande partie de nos compagnons de route, mais ils ont probablement beaucoup plus sollicité l’aide des dieux du pétrole et du cambouis pour contrer la blague des dieux naturels. Le choix de chacun. Nous sommes en tout cas décidés à ne pas faire tourner les hélices avant la fin des prévisions de vent correct, c’est à dire jeudi ou vendredi, où l’on s’attend à un effondrement du vent bien en-dessous des 10 noeuds.

Voilà, à part cela, tout beau ciel bleu aujourd’hui, bronzette à tous les étages et farniente ont été les maîtres-mots de cette journée 

J’oubliais : ce midi, un cargo en route vers Bridgetown s’est détourné pour éviter de nous rentrer dans le tableau arrière. On l’a vu passer pas trop loin. Première rencontre visuellement depuis plusieurs jours. La dernière remonte à celle avec le cata Le Pelican, en début de première semaine de traversée. Anpelouza, lui, n’était visible qu’à l’AIS.

Mardi 26 novembre 2019 : le vent monte mais pas assez pour vraiment rigoler

Ben voilà, la montagne a accouché d’une souris. On attendait beaucoup de cette journée, prévue comme la plus venteuse de la semaine. Mais le vent n’a pas été à la hauteur de nos attentes. Même pas de quoi prendre un ris. A peine une ou deux « rafales » à 20 noeuds, pour le reste nous étions plutôt entre 13 et 16 noeuds. Alors, oui, bien sûr, on a avancé, dans la bonne direction, à environ 6 noeuds, mais nous sommes loins des 20-26 noeuds qui auraient permis à Lipopette d’allonger la foulée et de sauter de vague en vague comme elle aime faire. Lipopette a besoin du lourd pour faire la différence. Lipopette est taillée pour ça, là où d’autres catamarans se feraient chahuter, secouer, cogner, et partiraient en décrochage. Pas de ça sur Lipopette, elle taille sa route par monts et par vaux.

Ce vent trop faible nous a aussi obligé à avancer vent arrière, les voiles en ciseaux. Et tout ceux qui connaissent les catamarans savent qu’ils ne sont pas fait pour cela, que ce n’est pas leur allure de prédilection, le haubanage à barre de flèches poussantes empêchant de déborder correctement la GV. (A quand un cata de croisière avec pataras et hale-bas?! Ça pourrait être intéressant, non?).

Mais bon, on le sait, le cata, ce n’est ni pour le près ni pour le vent arrière. En fait, il n’y a qu’une plage de 90° sur chaque bord qui donne du rendement sur ce type de bateau, et on est rarement dans cette plage, surtout en transat.

Côté pêche… ça a mordu! Le temps de dire « OUF » et la ligne a cassé. Encore du matériel de perdu. La dernière fois, c’est un leurre qui s’est fait coupé en deux. Nous continuons d’’essayer avec des raccords et des bouts de ficelle. Ça fait passer le temps. Pourtant on entend qu’à bord des autres bateaux du rallye des Iles du soleil, ça pêche. C’est frustrant. Ah, si on avait encore nos beaux leurres qui avaient tout pour nous apporter de belles pièces à bord!

Mais à part ça, la mer est belle, nous avons encore eu droit à un beau coucher de soleil, le ciel étoilé de la nuit sans lune est superbe, la bonne humeur est là, et ce soir en dessert on mange un tiramisu au speculoos, après le confit de canard. Tout va bien quoi! 🙂

Mercredi 27 novembre 2019 : le catamaran est gréé en côtre

Première action de la journée, dès le lever du soleil : relâcher le ris qui avait été pris pour la nuit, suite à un ciel un peu instable et légèrement orageux en première partie. Nous sommes bien déterminés à profiter des dernières 24 h de vent annoncées, même si l’’on se doute que l’’on restera dans les tranches les plus « gentilles » des prévisions. On garde quand même un petit 6 noeuds « correct » qui nous permet d’avancer. 

A la faveur d’une légère bascule de vent, nous empannons pour repartir bâbord amures et se faire un bord technique plus sud, histoire de se caler dans une zone légèrement plus venteuse dans l’après-midi. Re-empannage à l’heure de l’apéro et cap plein Ouest dans un vent qui nous redonne un cap favorable. Même plus besoin de se mettre en ciseaux, ça marche au grand largue.

Stabilité étonnante du vent pour une fois, toujours autour des 15 noeuds. Une envie germe : ressortir notre mini joker, c’est à dire notre génois de réserve, tout neuf. Pas possible de le mettre en ciseaux comme la dernière fois. Une petite visualisation mentale me conforte dans une de mes idées… vous connaissez le catamaran-côtre asymétrique ? Non? Et bien on l’a fait. Le nouveau génois sera frappé sur l’’étrave de la coque au vent, l’’écoute sur l’’étrave de la coque sous le vent, en hop! on hisse le tout sur la drisse de spi! Bien faire passer ce génois derrière l’autre, ne pas trop tirer sur les bouts, et…. ça marche! On gagne entre 1 et 1,5 nds, ce qui nous donne des pointes à plus de 8 noeuds. Pas maaaaaaal….. En plus, ça donne un petit look sympa à Lipopette, unique. (Voir photo). Bien sûr, ça ne marche que dans une plage limitée, entre 140 et 160 degrés du vent apparent, mais c’est ce qu’il nous faut.

Ca marche si bien qu’on commence à reprendre du temps sur l’ETA. Surtout si nous parvenons à le garder tout la nuit. Ça devrait le faire car il est prévu du vent constant et le ciel à l’air assez serein en ce début de nuit. On fera le bilan le matin.

Point de vue pêche, on ne fait pas illusion… sauf pour les oiseaux! Voici déjà le troisième oiseau qui plonge en piqué pour attraper notre leurre. Peut-être qu’on mangera de la volaille fraîche un jour…. 😉

Dernier coucher de soleil dans l’Océan!

Jeudi 28 novembre 2019 : c’est Pâques!!! Les cloches sont passées!

Petite surprise ce matin, un oiseau, entrevu cette nuit (peut-être un fou?), est parti, nous laissant… un oeuf tout chaud! Il a dû se dire que les coussins de la terrasse avant, c’était bien confortable. Malheureusement, peu de chance de le revoir cet oiseau. Est-ce bon, un oeuf d’oiseau de mer? Quelqu’un se risquera-t’il à le cuire un plat pour le petit déjeuner ? Ou bien y a-t’-il un volontaire pour le couver pendant quelques jours?

La nuit de ce 27 au 28 novembre a été douce et calme, avec un vent assez fort que pour gonfler les voile, pas trop fort que pour craindre grains et rafales. Juste assez d’attention pour garder les voiles gonflées et éviter tout empannage, suivant au cap les balancements du vent à droite ou à gauche en fonction du passage de l’un ou l’autre nuage, parfois nous rinçant un peu de sa pluie chaude.

Bref, comme il n’y a pas grand chose à dire ici, Yannick le skipper de Lipopette vous partage son quart de nuit sur le flydeck (rebaptisé pour l’occasion le stardeck) à observer les étoiles, carte du ciel en main. (Faites de même si vous voulez en suivre le parcours, car on se doute que peu iront se coucher dans l’herbe pour contempler le ciel de décembre en métropole. Par contre, pour ceux qui nous suivent depuis Marie Galante, allez passer un moment sur la plage en début de nuit, loin de toute source lumineuse! Couché dans le sable, les pieds vers l’Ouest et tête vers l’Est. Balade bucolique de quelques milliards de kilomètres garantie!

« Je profite d’un ciel presque complètement dégagé pour me laisser absorber par cette vue sur l’immensité. La lune sortant à peine de son sommeil de lundi (nouvelle lune) nous dessine un tout fin croissant comme une barque déjà prête à se déposer doucement sur l’horizon.

Mon attention est tout naturellement attirée à l’ouest par Altaïr (constellation de l’Aigle), ce véritable fanal lumineux intense qui nous indique la direction à suivre chaque soir depuis le début de cette traversée. « Toujours plus à l’ouest » semble-t’elle nous dire. Cette année, Altaïr est dominée par un autre astre remarquable : Jupiter, juste au-dessus, presque plus lumineux encore qu’elle. A tout seigneur tout honneur!

Parallèlement à l’horizon, en se tournant doucement vers le nord-ouest, on voit Véga (constellation de la Lyre), autre étoile bien visible. Entre ces deux constellations, mais plus haut dans le ciel, se trouve la gigantesque croix de la constellation du Cygne (retenez le « signe de la Croix »), faite de petites étoiles peu brillantes mais bien isolées, donc bien visibles malgré le fait de se trouver englobée dans la Voie Lactée. Rien que cette vision me donne un sentiment de liberté et d’espace pour respirer.

Un peu à droite de Véga, à même hauteur, se trouve la petit tête triangulaire du Dragon, dont le long corps très discret enroule la Petite Ourse, qui se trouve à cette heure… la tête en bas et la queue en l’air. Seule l’étoile polaire échappe à l’étreinte du monstre et pointe fièrement le seul élément fixe de cette voûte céleste qui nous recouvre de son manteau bleu-nuit rassurant.

Suivons donc cette ligne du nord qui remonte au zénith vers Cassiopée, la tête en bas en « M » et en plein milieu de la Voie Lactée qui trace le ciel de sa signature laiteuse. Et puis plus haut, juste au dessus de nos têtes, trône majestueusement le grand carré du corps gigantesque de Pégase qui galope au-dessus de notre mât et traverse la moitié du ciel d’est en ouest, tel le Cheval Bayard sautant au-dessus de l’’océan.

Je laisse errer mon regard pour me perdre dans mes pensées, tant au niveau personnel que sur l’univers dans lequel nous nous trouvons. Que c’est apaisant d’être ainsi entouré de lumières discrètes, sans bruit de moteur ni de voile qui claque (nous glissons tranquillement sur la houle douce et régulière). Magique.

Je reviens sur Cassiopée et redescends la Voie lactée doucement vers l’est, passant par la constellation du Cocher, sorte de pentagone dont sa plus grosse étoile Capella nous aide à bien la situer. Mais surtout, elle nous donne plus ou moins l’axe sur lequel continuer (toujours depuis Cassiopée) pour tomber, une fois Altaïr couché à l’ouest, sur Betelgeuse, la première étoile de la superbe Orion à sortir de l’horizon (et opposée à Rigel, de l’autre côté de la constellation et elle hors de la Voie Lactée). Betelgeuse est très spéciale, car elle scintille en semblant changer de couleur en permanence, avec des tons de rouge bien marqués, comme si elle rallumait son âtre pour sa veillée de nuit. Tellement basse sur l’horizon, que nous pourrions presque la confondre avec un avion. Et si vous regardez un peu plus haut dans le ciel mais un peu sud, Aldébaran en fait de même depuis sa constellation du Taureau. Un peu plus haut peut-être votre regard sera attiré par un amas compact de micro-étoiles, les Pléiades, qui ne sont jamais aussi visibles que si on ne les regarde pas droit dans les yeux.

Au départ d’Orion, en longeant l’horizon vers le nord, de l’autre côté de la Voie Lactée, les jumeaux Castor et Pollux (constellations des… Gémeaux bien sûr!) ne se lâchent pas d’une semelle, et m’invitent à continuer le mouvement du regard pour essayer de deviner où se trouve la Grande Ourse, pas encore tout-à-fait émergée de l’océan. Naturellement mon regard plonge plus bas encore en essayant de la retrouver, et je me retrouve à laisser mon esprit partir dans une autre galaxie, celle des fonds océaniques. Et de cet univers-là, que sait-on vraiment? Probablement pas beaucoup plus, lieu de naissance de tant d’histoires et d’animaux de légendes pour des générations de marins depuis la nuit des temps.

Allez, encore un peu de patience et apparaîtra sa majesté Sirius et son Grand Chien, la dame la plus brillante de notre voûte céleste, et qui nous guidera jusqu’à la fin de la nuit, résistant même aux premières lueurs du jour avant de passer la main au seigneur soleil. Altaïr reprendra le flambeau en début de nuit prochaine…. »

Voici donc pour cette petite errance des yeux et de l’esprit sur l’immensité pendant un début de nuit de fin novembre, à voguer sur l’Atlantique, entre tropique du Cancer et l’’équateur, le long du 16ème parallèle et par 57° à l’ouest de Greenwich. Bonne nuit!

Vendredi 28 novembre 2019 : dernier milles nautiques à parcourir avant de franchir la ligne d’arrivée à Marie-Galante

À 6 heure locale, dans la nuit noire, nous avons évité d’extrême justesse un DCP (dispositif de concentration de poissons), le laissant à moins d’un mètre. Un gros bidon bleu suivi d’un chapelet de petits bidons blancs. Il se trouvait à 52 NM dans l’Est (87°) de la pointe nord de Marie Galante. Voici sa position: 16°04,909’ N / 060°22,810’ W

Nous continuons au ralenti, avec une vigie en étrave. Pour info, nous pensons pouvoir arriver avant le coucher du soleil ce vendredi…. si la baignade ne prend pas trop de temps…. 😉 A moins que l’on s’arrête près d’un DCP pour pêcher?…  Histoire de voir si ça fonctionne bien leur système. 🙂 🙂 🙂

Depuis le premier DCP, en 9 NM, nous en avons déjà croisé 4 autres, tous à moins de 400 m. Et un canot moteur qui allait pêcher. Champs de mines donc, surtout au moteur dans cette pétole. Mieux vaut une approche de jour!!!

Voici un petit ETA ce matin à 10h00 locale. Il nous reste 25 NM, donc une arrivée prévue à St Louis dans 5 heures.

Première terre en vue, l’île de la Désirade, Guadeloupe
Le comité d’accueil est présent pour accueillir nos héros à l’arrivée à Pointe à Pitre! Et ça fait plaisir!

Vidéo : Franchissement de la ligne d’arrivée par le Lagoon 450F à Marie Galante après 14 jours de traversée depuis Mindelo, Cap Vert avec Franky Vincent en fond musical!

Laisser un commentaire